Avant la capitulation du IIIème Reich, la bataille de France en mai juin 1940 a opposé 5.500.000 de militaires de l'armée française à 5.000.000 de l'armée allemande.

60.000 soldats français sont morts au combat dont 500 aviateurs, 20.000 civils ont été tués.

Après 6 semaines, la débâcle française s'est conclue par une armistice signée le 22 juin 1940 par le Général Huntzinger, dont on a dit qu'il avait donné les clés de Sedan à l'armée allemande.

Les combattants de la bataille de France de mai-juin 1940 ont subi la double peine, la défaite et l'effacement dans l'histoire. Cette année, dans les Ardennes, l'Avesnois, la Somme, l'Aisne, un travail de mémoire avait permis de recueillir des témoignages et d'organiser des commémorations pour faire connaître ces événements dramatiques. Avec l'annulation de ces cérémonies, il ne faut pas que l'oubli s'installe pour dissimuler la recherche des causes de la défaite.

Une grande partie de l'oligarchie française a préféré, entre les deux guerres, Hitler à Staline et a financé des groupes d'extrême droite qui ont formé des organisations clandestines comme l'OSARN l'Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale et la Cagoule et ont tissé de nombreux liens avec l'armée et ses officiers supérieurs pour mettre en place un régime fasciste. Des attentats ont été commis et un coup d'état militaire programmé contre le front populaire pour le 17 novembre 1937 a avorté au dernier moment.

Marc Bloch dans l'étrange défaite a essayé d'analyser les causes de la débâcle et d'aller au delà des accusations d'incompétence, d'incurie et de retard d'une guerre des généraux : « Mais, sans doute, nos chefs n’auraient-ils pas, avec autant de coupable complaisance, succombé à ce découragement, dont une sage théologie a fait un des pires péchés, s’ils avaient été seulement mal assurés de leur propre talent. Au fond de leur coeur, ils étaient prêts, d’avance, à désespérer du pays même qu’ils avaient à défendre et du peuple qui leur fournissait leurs soldats… »

La victoire allemande de 40 a permis la prise de pouvoir par Pétain et l'instauration d'un régime fasciste et collaborateur avec l'occupant. Le premier ministre de la Guerre de Vichy a été le Général Huntzinger.

Retour sur le 14 mai 1940

La deuxième guerre mondiale a véritablement commencé le 10 mai 1940 avec l'offensive éclair déclenchée par Hitler sur la Hollande, la Belgique et la France pour contourner la ligne Maginot.

La percée décisive a enfoncé la 2ème armée française du Général Huntzinger dans les Ardennes françaises à Sedan le 14 mai. La colonne de 1.000 panzers de Guderian et Rommel a franchi la Meuse principalement sur un pont construit à Gaulier par la Wermacht avec d'énormes caissons métalliques en quelques heures.

Pourtant, le 13 mai au soir, le général Billotte qui commandait le front allié depuis l’extrémité Ouest de la Ligne Maginot jusqu’à la mer du Nord avait enfin compris, au vu des renseignements et des observations relevées par l'aviation que le plan allemand consistait à opérer une percée décisive sur le territoire français non pas à partir du centre de la Belgique mais à partir des Ardennes vers Sedan. Comme les forces terrestres dont il disposait dans le secteur, la 55e division d’infanterie et l’artillerie du 10e corps d’armée avaient abandonné le terrain, traumatisées par cinq heures de pilonnement de la Luftwaffe, il ne lui restait plus que l’aviation pour combler la brèche de plus en plus béante sur le front. Il déclara à son Etat-major: « La victoire ou la défaite passent par ces ponts. »

Tous les bombardiers français et anglais disponibles à cette date reçurent l'ordre d'aller bombarder le « pont de bateaux », en fait de « caissons » à Gaulier près de la manufacture de l'Espérance, dans les faubourgs de Sedan.

Le matin du 14 mai, les missions de bombardement devaient se succéder pour détruire le seul pont capable de supporter le passage des 1.000 panzers.

Mais à 5 heures, le Colonel Lacaille, chef d’État Major de la 2ème armée française commandée par le Général Huntzinger qui était en charge du secteur de Sedan a téléphoné au grand Quartier Général du Général Billotte pour annoncer que les ponts de bateaux avaient été détruits, que ses troupes tenaient le secteur et qu’une contre attaque était en cours.

Ensuite, au vu de cette information, un par un, les groupes de bombardement reçurent l'ordre de changer d'objectif. Leur cible n'était plus le pont de Gaulier mais mais un rassemblement de troupes entre Bazeilles, Sedan et la voie ferrée au Sud de la Meuse.

Dans l'après midi, le Général Huntzinger fit savoir qu'il avait dû renoncer à sa contre attaque. Le pont de Gaulier a ainsi été préservé et les 1.000 panzers allemands ont pu tranquillement traverser la Meuse pour se ruer sur le flanc est de l'armée française.

Le Général Huntzinger, en charge du verrou de Sedan à la sortie des Ardennes a souvent agi à contretemps dans cette période cruciale de la guerre. Déjà, le 9 Mai, il avait passé sa soirée au théâtre alors que les services de renseignement militaire l’avaient averti de l’attaque imminente de l’armée allemande.

Nous savons aussi que son dispositif mis en place pour empêcher le franchissement de la Meuse avait été jugé très faible par une commission parlementaire de la Défense venue inspecter le secteur de la IIème Armée en mars 1940 et qu’il avait argumenté pour le maintenir en l’état.

Pendant la campagne de France, le Général Huntzinger a choisi personnellement comme officier de presse Henri Massis, directeur de la Revue universelle, un journal se revendiquant royaliste et catholique défendant une ligne éditoriale proche de l’Action française.

Dans la nuit du 11 au 12 mai, le général Huntzinger remplaça sur la ligne de défense de la Meuse l’excellente 3° DINA (Division d’Infanterie Nord-Africaine), par une unité médiocre, la 71° DI (Division d’Infanterie) qui connaît mal les lieux.

Le 13 mai 1940 à 18h30, la panique gagna la 71° DI. Son chef, le général Baudet, sur la foi de renseignements non vérifiés, fit reculer son PC de 7 kilomètres. Ce "déménagement" désorganisa ses unités, 13 batteries d’artillerie sont abandonnées sur place.

À 22h00, le général Huntziger disposait encore de réserves : 2 régiments d’infanterie, 2 bataillons de chars, et deux unités, la 3°DIM (Division d’Infanterie Motorisée) et la 3°DCR (Division Cuirassée de réserve) se portèrent à son secours. Loin de préparer une contre attaque sur le pont de Gaulier, en concentrant ces forces, il les dispersa.

Et surtout, étrangement, cette nuit là, le général Huntziger déménagea lui aussi son P.C. de Senuc, à l’arrière de Sedan, au fort de Landrecourt, au sud de Verdun, opération très contradictoire avec le lancement d’une offensive le lendemain à l’aube sur le secteur du pont de Gaulier.

Et à 5 heures, au moment où le Colonel Lacaille, son chef d’État-Major, annonça sa soi-disant contre attaque qui détournera les bombardiers de leur mission initiale, le Général Huntzinger donna l’ordre de se replier sur la bretelle d’Inor à la 3°DINA (Division d’Infanterie Nord-Africaine) du général Chapouilly et au 136°RIF (Régiment d’Infanterie de forteresse) du 10e corps d’Armée en charge de Sedan et Mouzon. Par cette décision la II° armée abandonna sans combat des dizaines de casemates et de blockhaus construits le long de la Chiers et les observatoires d’Amblimont, d’Ecrilly et du bois de Blanchampagne pour une zone inorganisée avec une défense à peine ébauchée ! Plus grave les délais d’évacuation ne permirent pas d’évacuer les matériels : pièces d’artillerie, munitions, vivres, restent sur place !

Le 14 mai 1940 à 20h00, l’aile gauche de la II° armée n’existait plus.

Sur sa droite, restait Montmédy qui marquait la fin de la ligne Maginot avec sa ligne de fortifications continue reliée par un réseau souterrain. C’était la charnière avec le front plus ouvert qui court jusqu’à la mer du Nord. Ce secteur confié au 18e corps d’armée était commandé par le Général Rochard.

Les analyses faites sur la percée de Sedan ont considéré que ce secteur de Montmédy a été le seul qui avait tenu face au déferlement de la Wermacht. Le Général Rochard avait réussi à améliorer les défenses en les mettant quasiment au niveau de celles de la Ligne Maginot. Le 20 Mai, en pleine nuit, il réunit ses troupes pour leur confirmer qu’ils n’avaient pas cédé un pouce de terrain et qu’ils pouvaient retourner la situation en contre attaquant dans le secteur voisin qui avait été complètement enfoncé.

Pourtant le lendemain 21 mai, le général Huntzinger décida de limoger le général Rochard et de lui retirer son commandement.

Retour sur le 17 mai à Montcornet : De Gaulle et l'aviation d'assaut

Le Colonel de Gaulle avait acquis le Président du Conseil Paul Reynaud à ses conceptions d’unités offensives équipées de char de combat. Grâce à son appui la nouvelle division lui été confiée. Mais le Général Gamelin était réticent et il n’en a pris officiellement le commandement que le 11 mai. Il a pourtant réussi dès le 14 mai à rassembler un effectif de 5.000 hommes et une
centaine de chars qui étaient dispersés entre la Normandie, la Champagne, le Loiret et les Vosges.

 

Une offensive a été planifiée et les combats se menèrent à Montcornet, un carrefour routier important (Reims, Laon, St-Quentin) et un point de passage obligé pour le ravitaillement de plusieurs divisions allemandes. C’est aussi un centre de liaison important, des éléments de l’état-major du corps blindé de Guderian ainsi que les éléments logistiques de la 1e Panzer division (atelier de réparation, ravitaillement...) y sont stationnés.
L’objectif est de permettre à la 6e armée du Général Touchon de former un front défensif sur l’Aisne.
Le Commandant Grenet qui commande le Groupe de bombardement d'assaut II/54 sur Bréguet 693 craoyait encore à la possibilité de freiner l'offensive allemande. Il aimait l’idée d’être associé dans le combat à la division du Colonel de Gaulle. Il avait suivi sa démarche et sa volonté acharnée de faire comprendre à l’État-Major général l’usage qui devait être fait du char de  combat. Même si tout cela arrivait très tard, il reconnaissait et respectait la capacité de de Gaulle d'inclure les nouvelles technologies dans la stratégie militaire. Il voyait l’opportunité de mettre en oeuvre ce qui avait si bien réussi côté allemand dans la percée de Sedan. Volonté d’y croire encore. 
L’enjeu paraissait suffisamment important pour que le 15 au soir, la décision fut prise de revenir au vol rasant, la seule garantie d’efficacité maximum pour les bombardements de l’aviation d’assaut.
Mais le Général Girier posa ses conditions, « d’accord pour le vol rasant mais sans vous. Je ne peux pas perdre mes deux chefs de groupe dans la même semaine. » Dont acte, le Commandant ne participera pas aux opérations du lendemain. Le Général Girier lui demanda d’engager les équipages qui n’avaient pas volé le 12, le 14 et le 15.

 

Le 16 mai au matin, les équipages désignés, le Commandant Grenet confia à son adjoint, le Lieutenant De Bearn la responsabilité de la mission.
Pierre regarda avec anxiété les 6 équipages décoller pour aller attaquer les colonnes ennemies en vol rasant sans lui. Et cela commenca mal, le Lieutenant de Bearn fit une inversion de manette qui priva les moteurs d’essence au moment du décollage. Il dut se reposer en bord de piste. Mais, soulagement ! Il parvint à repartir et à rejoindre rapidement les trois avions du II/54 et les
deux du I/54 qui prennaient la direction de Montcornet situé à une centaine de kilomètres de leur base de Montdidier. À la Fère, les chasseurs les rejoignirent pour assurer leur escorte. Il était convenu que la chasse couvrirait l’espace aérien à moyenne altitude pour protéger les Bréguet des attaques de Messerchmitt sans les suivre au plus près, parce que tout de suite après leur
jonction, les bombardiers allaient voler par patrouilles de deux pour lancer leurs attaques en corsaires.

Parvenus dans le secteur de Montcornet, ils parvinrent à lâcher leurs bombes sur des colonnes de chars et à revenir à leur base sans avoir à déplorer aucune perte. Pourtant, l’opération n’est jugée que partiellement réussie par le Général Girier.

Dans l’après midi, le Sergent Lami vit arriver dans son Hotchkis décapotable le Général Girier qui roula sur la piste dans sa direction. Il sortit de sa voiture, son stick sous un bras et son caniche dans l’autre. Il s’adressa à lui pour savoir combien d’avions étaient prêts à décoller. Le Sergent
lui répondit qu’à sa connaissance, il n’y en avait que deux, le sien et celui du Sous-Lieutenant Chemineau. « Très bien, dans ce cas, préparez vous à partir en mission ! Direction Montcornet ! Ils ont besoin de vous là bas. Attaque en vol rasant et arrangez vous pour avoir le soleil dans le dos. »

Une section de deux Bréguet du II/54 fut formée avec des hommes qui n’avaient pas volé lors de la première mission de la journée. Cette fois encore, le Commandant Grenet resta au sol et vit partir sans lui, la mort dans l’âme, 2 équipages de son Groupe.
 

Arrivés sur la zone cible, les 2 pilotes se lancèrent à l’attaque des panzers.
Le Sergent Lami largua ses bombes en regrettant leur manque de puissance et son mitrailleur vida son chargeur sur les troupes au sol. Pas de balles incendiaires, parce qu’interdites par la Convention de Genève alors que les Nazis n’hésitaient pas, dès le début de la guerre à les utiliser massivement. Les deux Bréguet, après deux passages en patrouille corsaire sur la colonne, furent
atteints par la Flak ennemie. Le Sergent Lami aux commandes du deuxième Bréguet parvint à éloigner l’avion de la zone de tir et à atterrir un peu plus loin. Il fut fait prisonnier ainsi que son mitrailleur, le Sergent Giard. Par contre, l’équipage du premier Bréguet n’a pas eu cette chance. Le pilote, le Sous- Lieutenant Chemineau et le mitrailleur, le Sergent Guichon moururent dans le
Bréguet qui s’écrasa au sol.

 

Le soir, devant l’avance foudroyante des forces allemandes, toutes les forces aériennes du Nord reçurent ordre de se replier. Les groupes I et II/54 rejoignirent Briare, le terrain de stationnement du II/35.
Le 17 mai est occupé à l’installation des hommes et du matériel sur la nouvelle base et à la remise en état des appareils. Ce jour là, Pierre ressasse les événements de la veille. Il supportait mal la
perte des deux équipages de son groupe envoyés en mission à la va-vite et sans un encadrement choisi par lui. Il pensa que le Général Girier avait perdu les pédales. Il est allé s’expliquer avec lui. Le ton était monté. Pierre lui a dit « C’est n’importe quoi de débarquer sur le terrain et de désigner les équipages pour une mission en vol rasant, simplement parce que vous les voyez disponibles à côté de leurs avions, et en plus sans m’en parler. Résultat 100% de pertes, le
record absolu. »

 

Pierre considèrait que cette mission du 17 mai lancée directement à l'initiative du Général Girier était une faute impardonnable, justifiée seulement par sa volonté de faire plaisir au Haut  Commandement et à De Gaulle qui s’était plaint du manque de soutien de l’aviation lors de sa contre attaque de Montcornet.
Pierre avait été informé des coups de téléphone qui avaient été passés à la mi-journée au QG du Général Girier.
De Gaulle avait très mal signalé les positions des blindés ennemis à cibler et Girier avait fait du zèle. Il avait mis en danger la vie des aviateurs du Groupe de Pierre en les envoyant sans le consulter, à la va vite, sans protection et sans moyens suffisants bombarder le secteur où De Gaulle lançait son offensive seulement pour qu’on ne pût pas dire que l’aviation d’assaut n’était pas présente ce jour là. Sacrifier ses hommes sans avoir pris la peine de lui en parler ! Il savait
que Pierre aurait tout fait pour le dissuader de lancer cette mission. Le Général Girier ne pilotait plus et surtout pas les avions de son escadre de bombardement d’assaut en vol rasant qui étaient réservés aux plus jeunes et moins corpulents. Il était frustré de ne plus pouvoir réaliser d’exploits personnels et Pierre avait eu l’impression qu’il voulait se payer une action d’éclat par personnes interposées.
Pierre avait gardé son calme pour ne pas prononcer des mots irréparables, mais la confiance entre les deux hommes avait été sérieusement écornée par les événements du 17 mai.

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