Comme un long panorama des dérives de cette Vème République, de son autoritarisme en soumission aux intérêts privés.

 

Tristan Eaton a réalisé en 2014 rue du Chevaleret, celle du fief  Macronien, la Station F des starts up, une fresque, immense patchwork inspiré par le pop-art avec tous les codes de la science-fiction, du cinéma, de la publicité ou des comics américains à partir du tableau de David Napoléon franchissant les Alpes. Il a ajouté la phrase “The Revolution will be trivialized” qu’on pourrait traduire par la révolution sera banalisée.

On connaissait la révolution permanente mais à part celle prônée par Emmanuel Macron dans son programme « Révolution », en fait un réformisme au service de la finance et des classes aisées qu’il espère imposer et rendre banal, c'est-à-dire sans opposition, une vraie révolution banalisée, c’est un oxymore, on n’imagine pas une révolution remettant tout en cause, se banaliser. La révolution est tout sauf banale.

Des quais de Seine à Glacière et des Gobelins jusqu’à la Porte de Choisy, le 13ème arrondissement a été violemment « réformé » ces cinquante dernières années par l’Etat, d’abord gaulliste puis socialiste et enfin par les Maires Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo. Laboratoire des politiques urbaines pour les enjeux à débattre pendant les prochaines municipales ?

Aujourd’hui, le treizième arrondissement est le plus peuplé de Paris avec ses 200.000 habitants, l’équivalent de Bordeaux. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, ce territoire était encore couvert de champs et vignes autour de la vallée de la Bièvre. En dehors de ces cultures, les autres activités tournaient autour des teinturiers aux abords de la rivière, de la manufacture des Gobelins et de l’hôpital de la Salpêtrière.

L’histoire révolutionnaire du XIIIème a connu un épisode dramatique mais prestigieux avec une héroïque résistance des Communards sur la butte aux cailles contre les Versaillais en mai 1871. La bataille est commémorée chaque année sur place dans un environnement épargné par la rénovation urbaine.

 

L’état a commencé ses grands travaux de remise en ordre à partir du second empire quand il a décidé de couvrir la Bièvre pour des raisons de salubrité publique et en fait pour conduire des opérations immobilières. Cette rivière devenue souterraine rejoint la Seine au niveau de la célèbre rue, portant son nom, où vivait Mitterand. Aujourd’hui des études sont en cours dans la Val de Marne pour dégager la Bièvre et lui redonner sa vie de cours d’eau pour « préserver l'environnement et la bio-diversité et améliorer le cadre de vie des habitants ».

Au début du XXème siècle, le XIIIème est l’arrondissement le moins peuplé et le moins bâti avec seulement 26 % de surfaces couvertes et beaucoup de terrains vagues jusqu’à la zone où s’étaient installés des bidonvilles après la destruction des fortifications en 1919.

La population de la zone inquiétait et les assainissements ont consisté à construire des habitations à bon marché (HBM) en briques rouges.

Mais les espaces non bâtis du 13ème ont surtout permis l’installation de nombreuses usines et ateliers au XXème siècle et en particulier des sites prestigieux pour l’automobile et l’aviation :

Le 31 juillet 1891,  Émile Levassor a ouvert avec son ami René Panhard la première usine d’automobiles du monde, avenue d’Ivry.

Entre octobre et décembre de cette même année, l’entreprise vend six exemplaires de son premier modèle, la P2D. C'est la première série de fabrication d'automobiles au monde. L’usine Panhard Levassor employa jusqu’à 6 000 ouvriers. 

L’usine Delahaye s’est installée rue du banquier dès 1898 et fabriquait des voitures de luxe, de course et des camions.

L’usine Le Rhône puis Gnome et Rhône fabriquaient des moteurs de très bonne qualité pour les avions civiles et militaires boulevard Kellerman. Elle a aussi produit des motos prestigieuses allant jusqu’à 750 centimètres cube.

Gnome et Rhône fut la plus grande entreprise de construction de moteurs d'avion d'Europe. Elle a employé jusqu’à 9.000 ouvriers. Elle a été absorbée par la SNECMA devenue aujourd’hui Safran.

Boulevard Vincent Auriol, il y avait une raffinerie de sucre Béghin Say.

Enfin sur le quai d’Ivry, l’usine SUDAC fournissait tout Paris et la proche banlieue en air comprimé. Aujourd’hui SUDAC a été intégrée à l’Air Liquide.

Autour de ses usines, une population ouvrière est venue peupler l’arrondissement.

De grandes grèves se sont tenues dans tous ces établissements jusqu’à leurs fermetures.

 

Dans les années cinquante, les usines ont commencé à se déporter à l’extérieur de Paris. Le pouvoir gaulliste y a vu une excellente opportunité pour mettre en pratique les concepts hygiénistes et fonctionnalistes de Le Corbusier qui avait exposé dans les années vingt sa vision du Paris futuriste avec le plan Voisin. Il prévoyait de raser tout le centre historique et de couvrir Paris de gratte-ciels pour les logements et les bureaux. Des autoroutes urbaines traversaient la ville de part en part et les voies de proximité devaient être couvertes par les dalles. De Gaulle et Malraux, grands admirateurs de Le Corbusier se sont appuyés sur les experts de la Ville de Paris fortement influencés par le grand architecte pour valider ce nouvel urbanisme sans les espaces verts prévus par Le Corbusier aux pieds des tours. L’opération Italie 13 lancée en 1966 prévoyait la construction de 50 tours dans le programme initial. Au final, seulement 34 furent construites d’une centaine de mètres de haut dont 11 aux Olympiades sur une dalle avec seulement trois tours pour les logements HLM. Giscard, vouant se démarquer des Gaullistes tourophiles annulera les permis de construire d’une quinzaine d’entre elles, dont celui de la tour Apogée qui devait culminer à 180 mètres, à la même hauteur que la tour Montparnasse. De même le projet de transformation de l’avenue d’Italie en autoroute urbaine a été suspendu.

 

Pendant les années gaullistes, les constructions de l’office HLM de Paris ont été faites surtout en Banlieue, à Champigny, à la Courneuve (cité des 4000), Aubervilliers, Saint Denis, Pantin, Bobigny. A l’intérieur de Paris entre 1958 et 1969, le rythme était de 2500 par an contre 7500 aujourd’hui. La volonté politique était clairement de pousser les classes populaires à habiter hors de Paris.

 

Suite à Mai 68 et pour satisfaire au besoin grandissant d’espace, l’état gaulliste a décidé de créer 7 universités nouvelles, le plus possible à l’écart du quartier latin, dont l’université Tolbiac en face des Olympiades dans trois tours imbriqués dont la plus haute culmine à 70 mètres de haut.

 

La loi SRU sous Jospin en 2000 obligeant les municipalités à disposer de 20 % de logements sociaux portée sous Hollande à 25 % et avec la volonté des Mairies PS de Paris de corriger cette politique le pourcentage de 20 %  a été atteint en 2017 sur l’ensemble de la ville et dans le 13ème arrondissement de 37,4% juste derrière le XIXème qui est à 39,9 %.

 

Cela donne à l’arrondissement un profil de population assez mixte en terme de catégories sociales et de nationalités. Beaucoup d’Asiatiques arrivés dans les années 80 ont pu se loger dans les tours des Olympiades qui avaient un taux d’occupation assez faibles. C’est devenu le principal quartier asiatique de Paris avec ses commerces et ses restaurants.

 

En 1977, après le changement de statut de la ville de Paris, Jacques Chirac est le premier élu depuis Jules Ferry en 1870. La plus grande opération urbaine dans Paris depuis Haussmann devant Italie 13 et le Front de Seine est lancée dans le XIIIème entre la gare d’Austerlitz et le périphérique sur 130 hectares dont 26 hectares sur les dalles couvrant les voies SNCF. C’est Paris rive gauche.

Il s’agit à la fois de rééquilibrer le développement de Paris vers l’est et de prolonger la restructuration d’un secteur avec des immeubles anciens et des ateliers.

On retrouva l’ambition gaulliste de transformation profonde de la ville dans une époque de remise en cause des principes de Le Corbusier et de réglementation renforcée (loi de 1985) imposant un processus de consultation des habitants.

 

Au début, cette opération a voulu se démarquer de celle menée sur Italie 13. Respect des hauteurs maximales du plan d’urbanisme parisien, soit 37 mètres, une dizaine d’étages, coordination par secteurs d’un architecte urbaniste, mixité des activités, bureaux, ateliers, logements, accès direct sur de larges avenues, des jardins, des rues et absence de dalles hors circulation. Des concours ont été lancés et des architectes de renommée comme  Christian de PortzamparcNorman Foster, Ricardo BofillRudy Ricciotti et beaucoup d’autres... ont été retenus pour construire des bâtiments de caractère aux identités affirmées et non pas de simples  tours rectilignes.

 

Paris rive gauche a bénéficié aussi des grands travaux de la Présidence Mitterand puisque la bibliothèque nationale, la BNF, étant à l’étroit rue de Richelieu et dans des bâtiments étroits, son transfert sur un nouveau site a été décidé et un concours d’architecture a été organisé en 1989 remporté par Dominique Perrault.

http://www.bnf.fr/fr/la_bnf/sites/a.site_francois-mitterrand.html

 

Elle a été ouverte au public en 1996 avec ses 15 millions de livres stockés dans quatre tours de 79 mètres de haut en forme de livre ouvert encadrant une esplanade et un grand patio planté avec des pins des Landes visible depuis les salles de lecture et leurs couloirs aux grandes baies vitrées. Grand calme  à l’intérieur, livres protégés dans les tours par de grands volets en bois, terrasse de 60 000 m2, en bois exotique ipé du Brésil battu par les vents et la pluie et parfois impraticable en cas de gel pour accéder à l’entrée et socle avec escaliers revêtus de bois tout au tour.

Le site de la BNF est resté longtemps le plus haut bâtiment de Paris rive gauche. Il est l’attrait majeur du quartier avec ses 1 million 500.000 visiteurs. Rapidement un complexe de 20 salles de cinéma MK2 s’est installé en face, venant enrichir l’offre culturelle du quartier.

 

De nouvelles universités ont encore été créées, cette fois, dans d’anciens bâtiments industriels rénovés : Paris VI Diderot dans les grands moulins de Paris (en janvier 2019 ; elle deviendra le premier pôle académique et scientifique en sciences de la vie et de la santé, et en sciences de la Terre et des planètes) et l’école d’architecture de Paris Val de Seine dans l’usine SUDAC d’air comprimé.

Avec l’Ecole Nationale de Journalisme rue Tolbiac et l’Ecole nationale de Chimie physique et biologie de Paris rue Pirandello, le 13ème est désormais l’arrondissement, avec le Vème du quartier latin, qui accueille le plus d’étudiants, 30.000.

 

Le 13ème est devenu un arrondissement très prisé des éditeurs, une annexe du quartier latin, principalement avec Editis du groupe Prisma qui a racheté à Vivendi plus de 40 maisons dont Nathan, la Découverte, Belfond, Seghers, le Cherche Midi. La plupart sont situées place d’Italie et aux alentours. On y trouve aussi Flammarion quai Panhard Levassor, Le Guide du Routard rue du Moulin des Prés et de nombreux éditeurs de revue.

 

Mais que reste-t-il des lieux de culture alternative implantés dans le 13ème arrondissement dans les années soixante dix et quatre vingt.

Ils ont été éliminés ou transformés en lieux cadrés par la Mairie social démocrate.

 

Les Frigos, immense entrepôt frigorifique ferroviaire, situé entre la BNF et l’Université Diderot, a été squatté dans les années 80. Des ateliers d’artiste  et des lieux de répétition ont été ouverts. En 2003, la Mairie de Paris a racheté les locaux à la SNCF et a organisé le lieu en facturant des locations pour l’occupation de chacun des 200 espaces. Quinze professions différentes y exercent des activités qui vont de la petite industrie à l'édition, aux métiers d'art, avec des artistes, des micro-sociétés et des associations assurant le fonctionnement de salles de répétition pour les gens de théâtre ou pour des musiciens. On considère que c'est le premier lieu en France proposant une « mixité verticale ». La Mairie de Paris a donc fait le choix de maintenir une activité à dimension culturelle au cœur de l’opération Paris Rive gauche en la normalisant au risque de la banaliser et de supprimer son potentiel d’innovation artistique et sociale.

 

Le club de jazz rue Dunois créé en 1977 dans un ancien relais de poste désaffecté a réuni pendant 13 ans des musiciens qui exploraient de nouvelles sonorités entre jazz et musique du monde devant un public assidu et connaisseur. C’était un lieu culte qui a eu une grande influence sur ce type de musique. Il a été démoli et un nouvel espace, le théâtre Dunois géré par une association a été ouvert rue du Chevaleret avec des problèmes d’acoustique qui ont écarté les musiciens qui fréquentaient le club Dunois et il s’est recentré sur la danse contemporaine, l’accueil de jeunes compagnies de théâtre aux formes théâtrales inclassables, le chant lyrique, les spectacles pour les enfants, la musique classique et contemporaine.

 

Le Lierre Théâtre a été ouvert par la Compagnie du Lierre en 1980 rue du Chevaleret dans un ancien hangar de réparation de locomotives de la SNCF. Pendant 40 ans, il a proposé des pièces souvent expérimentales basées sur les grands textes comme le Gilgamesh et ceux de l’antiquité grecque. En 2009, sous Sarkozy, le ministère de la culture a supprimé les subventions accordées au théâtre qui a dû fermer en 2011.

 

Le théâtre 13 créé en 1981 boulevard Auguste Blanqui par la Mairie de Paris et subventionné par elle a ouvert en 2011 une nouvelle salle de 220 places rue du Chevaleret. Le théâtre public a donc pris le relais du théâtre du Lierre pour accueillir de nouveaux « talents », acteurs et metteurs en scène.

 

En 1980, le 163, rue du Chevaleret a été aussi le siège de la Fédération nationale des radios libres qui luttait pour la reconnaissance des radios pirates dont les émissions étaient considérées illégales. Ses principaux animateurs étaient Jean Ducarroir et Patrick Farbiaz.

La « Radio Paris 80 »  a émis dans ces locaux en regroupant beaucoup d’animateurs ‘autres radio pirates, beaucoup sur les thèmes écologiques. Dans le même bâtiment fonctionnait une des premières communautés bio « Ecovie »  et le journal  « La Gueule Ouverte.

Pierre Bellenger présent à Radio 80 créa ensuite Skyrock sur un modèle commercial et fit fortune. D’autres radios pirates se transformeront en radios libres et continuent à émettre comme Radio Liberaire, Radio Aligre, Radio Fréquence Paris Plurielle, etc…

 

La clé de 13, un garage associatif, fonctionnait rue Watt et permettait de réparer sa voiture en bénéficiant de conseil de professionnels pour un coût beaucoup plus faible que dans les garages traditionnels. Activité pionnière qui s’est ensuite développée dans toute la France. Aujourd’hui, plus aucun garage de ce type n’existe sur Paris

 

Un des axes affichés par le programme Paris Rive Gauche est de favoriser les projets qui encouragent les activités solidaires et qui sont développés en respectant l’environnement. Les promoteurs verts.

 

 

La Mairie de Paris avec l’équipe socialiste dirigée par Bertrand Delanoë puis par Anne Hidalgo et soutenue par le PC et les Verts a fait évoluer sa politique dans le XIIIème arrondissement. Une décision du Conseil de Paris de novembre 2011 permet de réviser le règlement d’urbanisme pour le secteur Masséna-Bruneseau en limite du boulevard des maréchaux. Ce « déplafonnement va permettre à la ville d’y construire non seulement des tours d’habitation de 50 mètres, mais aussi des immeubles de bureaux pouvant s'élever jusqu’à 180 mètres.

 

A la fin de l’Avenue de France ont commencé à apparaître ces immeubles, tours de petite dimension pour les habitations et tours de grande hauteur, dont les plus emblématiques seront les tours duo de Jean Nouvel culminant à 180 et 122 mètres qui devraient être terminées en 2020.

 

L’opération Réinventer Paris a été lancée par la Mairie de Paris fin 2014 et la liste des projets lauréats a été dévoilée début 2016 pour les 22 sites, propriétés de la ville de Paris, dont 6 situés dans le XIIIème arrondissement. L’objectif pour la Mairie est de mettre en valeur des espaces en friche et des bâtiments en mauvais état en faisant appel à des promoteurs privés qui assumeront l’achat du terrain, la construction et l’exploitation. Dans le cahier des charges de la consultation, la Mairie de Paris imposait des contraintes fortes en matière environnementale et en innovation sociale et solidaire comme l’emploi local. La Mairie incitait les associations et les acteurs culturels et sociaux à s’associer à un promoteur qui garantisse la viabilité financière du projet.

 

Un équipement public, l’ancien Conservatoire Maurice Ravel Situé au 21-23, rue Albert Bayet à quelques mètres de la place d’Italie qui a été transféré dans un bâtiment rénové rue Ncolas Fortin deviendra le Relais Italie en conservant sa structure existante et accueillera notamment une résidence étudiante de 32 logement dans un bâtiment en bois de 4 étages (C’est la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP) qui acquerra les locaux)  et une terrasse végétalisée suspendue. Au rez-de-chaussée, un café-restaurant et une conciergerie cohabiteront avec un espace culturel et associatif autofinancé.

 

L’ancienne Gare Maséna en bordure du boulevard des maréchaux Masséna, située au 1-3 rue Regnault a été racheté par la Ville de Paris à la SNCF en 2007. Ce projet de réhabilitation intitulé « Ré-alimenter Masséna » est présenté comme un lieu fédérateur de la vie de quartier. Il entend promouvoir les échanges directs, à l'échelle locale, entre producteurs et consommateurs dans le secteur alimentaire. On y trouvera dans la gare rénovée et un bâtiment d’une dizaine d’étages  des acteurs explorant au quotidien un cycle complet : production – transformation – commercialisation. Ainsi, La ferme urbaine des étudiants d’AgroParisTech partira de la problématique des banques de graines (Que peut-on planter ? Où ? Pourquoi ? Comment ? Dans quelles perspectives à long terme ?). Sous les fraises mettra en oeuvre des pratiques préconisées, pour enchaîner avec les producteurs de La Ruche qui dit Oui qui installera son « Ruche Lab » lui permettant de tester les innovations qu’elle souhaite lancer au niveau national mais aussi européen (nouveaux emballages, transports, applications mobiles..).  La Ruche qui dit Oui fondé en 2011 entre autres par Mounir Mahjoubi, actuel secrétaire d’état au numérique est une entreprise de mise en relation de producteurs et de consommateurs via une plateforme numérique. Plus de 4.500 producteurs sont ainsi fédérés et permettent une diffusion de produits sélectionnés en circuits courts.

 

La parcelle Edison située au 67-69, rue Edison actuellement nue devrait accueillir des logements dotés d'espaces de vie partagés (30 % des surfaces habitables), ainsi que d'un toit-potager. L'espace végétal occupera également une large place sur la façade du bâtiment.

In vivo, sur  le dernier lot restant à urbaniser dans le quartier Masséna est un projet composé de trois bâtiments de 37 mètres de haut intégrant du vivant au cœur de la ville :

- une Tree House, composée de logements en accession, où seront cultivés des arbres 

 une Plant House, qui comptera 48 logements locatifs intermédiaires gérés par le groupe SNI, et où seront cultivées des plantes comestibles ;

- une Algo House, une résidence pour étudiants et jeunes chercheurs de 141 logements gérée par EFIDIS et où seront cultivées des microalgues en façade pour la recherche médicale.   L’Algo House présente un fort potentiel économique et environnemental. Fruit de sept années de recherche et développement, la biofaçade développée par SymBIO2 et XTU Architects produira une biomasse algale à haute valeur ajoutée pour la recherche médicale, tout en améliorant les performances énergétiques et environnementales du bâtiment (valorisation de la chaleur captée par la biofaçade pour l’eau chaude sanitaire et le chauffage).  

In Vivo disposera enfin d’un laboratoire citoyen, où habitants du quartier, chercheurs, artistes et entrepreneurs pourront se rencontrer, échanger et expérimenter, au sein de 1 000 m² d’espaces conviviaux gérés par la Paillasse et portés par la SNI. De nombreux services seront mis en place à l’échelle du quartier, dans une dynamique participative et associative.  

 

Poterne des peupliers, le projet, conçu sur un terrain de 2 272 m2 situé rue Sainte-Hélène, associe un funérarium et une plateforme logistique urbaine « couronnés d’une résille métallique vaporeuse ». « Node » comprend un large espace végétalisé. La plateforme logistique sera multi-opérateur, offrant la possibilité à différentes sociétés d’y faire transiter leurs marchandises, livrées en mode doux aux Parisiens.

 

Italik situé au 2 avenue d’Italie est actuellement un espace public libre de 190 m de long sur 16 m de large qui était réservé pour le projet annulé d’autoroute urbaine sur l’emplacement de l’avenue d’Italie. Le lauréat du concours a été le promoteur de centre commercial  Hammerson déjà propriétaire d’Italie2, le bâtiment attenant à la parcelle. Il faisait pression depuis longtemps sur la Mairie pour acquérir cet espace et multiplier ses surfaces commerciales. Des projets concurrents proposaient des espaces culturels et associatifs et des lieux de débat profitant de cet emplacement exceptionnel à quelques mètres de la Place d’Italie très fréquentée et avec assez peu d’équipements culturels. Finalement, ce sont quelque 2300 mètres carrés de commerces accueillant neuf enseignes qui y prendront place sur trois niveaux, où seront par ailleurs proposés 1100 mètres carrée dédiés à la restauration, avec notamment Marks & Spencer Food et Pret A Manger. A ceci s'ajoutent 1 500 mètres carrés dédiés aux « activités alternatives », dont notamment la première pépinière de commerces de France, qui sera mise en place par la plateforme Paris Initiative Entreprises. Sont par ailleurs annoncés un espace de co-working ainsi qu'un espace événementiel et loisirs de 1 500 mètres carrés doté d'une programmation évolutive. Sans oublier une garderie pouvant accueillir jusqu'à 35 enfants, de même que 750 mètres carrés de toits végétalisés. 

 

Le cinéma Gaumont le plus grand écran d'Europe situé dans le même bâtiment que le centre commercial Italie2 fermé depuis 2006, après de multiples péripéties a été racheté par Hammerson dans un accord incluant l’attribution de la parcelle du 2 avenue d’Italie. Hammerson confie à la société québécoise Juste pour rire, productrice de spectacles télévisés et d’événements culturels comme le Festival de Montréal la gestion du site. Baptisé le Théâtre du 13ème Art, c’est avec ses 900 places la plus grande salle de spectacles de la rive gauche. Théâtre privé, il propose des spectacles de cirque poétique, des concerts de rock, du ballet, des humoristes, des concerts de musique classique.

Des associations de riverains ont lutté pendant plusieurs années pour éviter que le cinéma géant soit récupéré par le centre Italie2 pour en faire des surfaces commerciales. Elles évoquaient le désert culturel de ce côté du XIIIème. Au final, Hammerson a récupéré non seulement la salle de 900 places pour en faire un théâtre privé mais a aussi raflé le terrain du 2 avenue d’Italie à l’occasion d’un concours arrangé. On retrouve l’abandon des politiques publics constatés au forum des Halles où la Mairie de Paris a cédé l’ensemble du site au promoteur du centre commercial Unibail.

 

Michel Houellebecq, le fantôme du XIIIème arrondissement est édité par Flammarion installé sur les quais. Il est visible parfois avenue de Choisy ou d’Ivry avec sa silhouette d’homme perdu. Il se déclare enchanté d’habiter dans une des tours anonymes du quartier et de pouvoir se promener dans le centre commercial Italie2. Consommation facile, fast food et modernité de façade, le chancre du malaise civilisationnel semble avoir trouvé un territoire de compensation.

 

Lors d’une deuxième phase de réinventer Paris, des habitants du XIIIème se sont déclarés opposés à la cession au plus offrant d’un bâtiment situé à l’intérieur du parc de Choisy qui est occupé par un centre dentaire pour enfants. Il a été crée suite à une donation faite par le mécène George Estman. Le bâtiment de 5 000 m2, aujourd’hui propriété de la Ville, avait été construit dans les années 1930, pour apporter des soins bucco-dentaires aux enfants défavorisés. Le centre doit être déplacé dans un autre centre Edison. Mais les patients actuels craignent que le service ne soit pas de même qualité et surtout que les listes d’attente s’allongent puisque le centre Edison est déjà débordé.

 

La station F installée dans la Halle Freyssinet longue de 310 mètres et large de 58 m, constituée de trois nefs parallèles faites de voûtes minces en béton précontraint, en contrebas de la BNF rue du Chevaleret est devenue aussi un élément structurant du XIIIème arrondissement depuis son ouverture en 2017. Classée depuis 2012 à l’inventaire des Monuments Historiques , elle était destinée à l’origine, à abriter les opérations de transbordements train-camions. Elle était connectée au réseau ferré de la gare d’Austerlitz. Elle se veut maintenant le plus grand campus de startups du monde. Elle en accueille plus de 1000 à l’initiative de l’omniprésent Xavier Niel. En prolongement d’un vaste parvis minéral, le forum de rencontre et de partage numérique comprend notamment un FabLab (atelier de prototypage avec imprimantes 3D en accès libre, etc.), un auditorium et des salles de réunion réservées aux rencontres entre entrepreneurs et partenaires extérieurs (juristes, banquiers, business angels, conseils, etc.). Le cœur de Station F est dévolu aux espaces de travail des start-ups. La nef centrale, laissée libre, dégage ainsi des espaces polyvalents et communautaires, tandis que les nefs latérales accueillent l’ensemble du programme fonctionnel sous forme de 24 villages (8 par niveau). Chacun d’eux offre une panoplie de services (cuisine, Skype box, salles de réunion, etc.). Le programme est traversé par deux passages urbains couverts, véritables vitrines numériques destinés à favoriser les échanges et à créer un lien urbain.

Lors de sa visite à la station F, Emmanuel Macron a enjoint tous les startupers à s’intéresser à ceux qui ne sont RIEN qu’ils peuvent croiser comme on peut le faire dans une gare. Cette petite phrase a fait polémique. Elle venait s’ajouter à une longue liste de propos méprisants à l’égard du peuple.

 

La création des espaces verts sur Paris Rive Gauche est un élément qui démarque cette opération de celle d’Italie2. Chaque habitant où qu'il vive se trouve en moyenne à moins de 200 mètres d'un jardin. Aux dix hectares d'espaces verts, jardins publics pour la plupart, s'ajoutent trois hectares d'espaces et de cheminements paysagers conçus pour la promenade.

 

Parmi les améliorations du transport collectif, on peut mentionner le Tramway sur le boulevard des maréchaux qui longent la partie extérieure du XIIIème et la ligne 14 qui relie Olympiades à la gare saint Lazare depuis 2007 qui doit être prolongé jusqu’à Orly dans le cadre du grand Paris.

 

Pour rendre le quartier Italie2 plus attractif et acceptable pour ses habitants et même développer un attrait pour les touristes et les parisiens extérieurs au quartier, Jerome Courmet le Maire du XIIIème a encouragé la création de fresques monumentales sur les façades aveugles des tours du quartier. Le street art est promu à travers  des itinéraires distribués par la Mairie recensant les 50 fresques réalisées par 22 artistes.

 

 

La découverte de ces fresques entraîne le promeneur au milieu d’un dédale de tours et de barres d’immeubles qui au-delà de la qualité de l’une ou l’autre de ces compositions révèle surtout l’ampleur des dégâts de cet urbanisme autoritaire des années 60 de la période gaulliste.

 

Une des dernières, réalisée en 2017 est due à Okuda,  un artiste international de nationalité espagnole, 36 ans, qui s’est illustré en peignant sur des trains et dans les usines abandonnées de sa ville natale Santander. Il a peint une Joconde  pop de 50 mètres de haut sur 15 de large visible depuis le du 25 avenue d’Ivry sur un mur d’une des tours HLM du quartier asiatique.

 

La découverte de ces fresques entraîne le promeneur au milieu d’un dédale de tours et de barres d’immeubles qui au-delà de la qualité de l’une ou l’autre de ces compositions révèle surtout l’ampleur des dégâts de cet urbanisme autoritaire des années 60 de la période gaulliste.

 

 

La rue du Chevaleret a été l’un des lieux centraux pour l’édition 2014 de la Nuit Blanche. Plusieurs fresques ont été effectuées pour l’occasion dans cette rue, dont celle de Tristan Eaton . Il  a réalisé un immense patchwork inspiré par le pop-art avec tous les codes de la science-fiction, du cinéma, de la publicité ou des comics américains à partir du tableau  de David Napoléon franchissant les Alpes. Il a ajouté la phrase “The Revolution will be trivialized” qu’on pourrait traduire par la révolution sera banalisée.

On connaissait la révolution permanente mais à part celle prônée par Emmanuel Macron dans son programme « Révolution », en fait un réformisme au service de la finance et des classes aisées qu’il espère imposer et rendre banal, c'est-à-dire sans opposition, une vraie révolution banalisée, c’est un oxymore, on n’imagine pas une révolution remettant tout en cause, se banaliser. La révolution est tout sauf banale.

 

Peut être faut-il prendre cette invitation à la lettre comme les SDF installés dans des tentes sous le métro aérien près de la gare d’Austerlitz sous une fresque de street art flanquée d’une inscription : l’amour gagne toujours.

 

 

Ces peintures gigantesques imposées au promeneur citoyen interrogent comme le soulève Jean-François Einhorn. « Jean Baudrillard écrit dans Le Système des objets : « derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé, écrit ». Pourquoi s’agit-il souvent d’immenses portraits, immenses par rapport à la taille des habitants, des passants ? Un habitant, très connaisseur des pays de l’Est et des « dictatures » d’Asie me disait qu’il n’y a que dans ces pays que l’on impose des images gigantesques aux citoyens. Sans reprendre complètement cette opinion, je pense que la taille des figures humaines a du sens par rapport aux Parisiens. Alors, quel rêve ? Quel sens ? Est-ce le symbole d’un pouvoir qui se voudrait plus grand ou la décoration-collection d’un magasin trop fourni ? » Après l’architecture monumentale imposée aux habitants, va-t-on devoir affronter l’art monumental à tous les coins de rue.

 

 

On peut ainsi en parcourant le 13ème arrondissement lire pratiquement les différentes politiques urbaines qui se sont succédé, la gaulliste autoritaire inspirée du fonctionnalisme hygiéniste de Le Corbusier avec des tours sans aucune concertation avec les habitants, la chiraquienne ambitieuse qui s’est prolongée avec la social démocrate de Delanoë et Hidalgo, effort important en faveur des logements sociaux, retour à des hauteurs limités pour les bâtiments, sauf aux abords du périphérique, beaucoup de contraintes environnementales pour les promoteurs, prise en compte des besoins d’espaces verts, concertation minimale avec les habitants, activités culturelles reprenant parfois des pratiques innovantes de la contre culture en les normalisant, décorations street art pour faire oublier les erreurs des prédécesseurs et aussi délégation au privé des équipements culturels.

La politique urbaine d’Emmanuel Macron ne s’est pas encore beaucoup révélée, mais peut être qu’elle n’existe pas. « Rien » et délégation complète de l’aménagement des espaces au privé. Nous verrons ce qu’il fera du rapport et des propositions de Roland Castro pour le grand Paris.

 

Il reste à la gauche et aux forces vives de proposer un projet qui sorte de la dérive de la sociale démocratie pour les prochaines élections.

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