La réparation des trous de mémoire collective redonne des couleurs au théâtre de la vie.

Le 18 juin 2018, une plaque a été apposée à l'entrée de l'aérodrome de Vinon sur Verdon en présence du Général Auttelet de la base de Salon et de Henri Minot appelé pour effectuer son service militaire en 1938 dans le GB 54/2 et ayant participé à toute la bataille de France de mai juin 1940.

INTERVIEW PIERRE GRENET

Le Groupe de Bombardement d'assaut II/54 a été commandé par le Commandant Pierre Grenet du 9 Octobre 1939 au 18 mai 1940, date de sa mort au combat.


Pierre Grenet (il était alors Capitaine) a gagné la coupe militaire Zénith des avions de renseignement en 1932, celle de la médaille. La compétition était très disputée. Guillaumet l’avait remportée en 1925.

 

 


Extrait d'Affaires d'honneur :

"On m’a d’ailleurs confié le commandement d’une escadrille en 1932 alors que je n’étais que Lieutenant et ensuite je suis passé rapidement Capitaine en 33. J’ai alors oublié mes velléités d’Aéropostale et j’ai entraîné mes hommes dans l’aventure des records et des raids.
Je n’ai pas réussi dans les épreuves de vitesse, mais je me suis orienté surtout dans l’observation qui correspondait à la spécialité de mon 33e régiment de Nancy. En 1931 il avait déjà participé à la compétition sans succès. En 1932, mon escadrille, la 3 e a été sélectionnée avec six appareils pour participer à la Coupe Military Zenith des avions de renseignement.

Cette année là, nous étions encore équipés de biplaces Breguet 19 A2 avec hélice en bois. À son lancement, il était extrêmement performant et plus rapide que la plupart des avions équivalents et même que les avions de chasse. Forts des records battus et des victoires remportés dans les courses, il s’était bien vendu à l’étranger. En 1932, il commençait à être dépassé en vitesse pure et allait être remplacé dans mon régiment l’année suivante par des Potez, mais il était bien connu des équipages, on connaissait ses défauts et on savait comment les pallier. Nous nous sommes donc engagés dans la course avec ces Breguet.

Cela commençait par une épreuve de photographie avec interprétation. Nous avons survolé et photographié des sites industriels et l’agglomération de Thionville et analysé en détail les bâtiments et le relief. A suivi une épreuve de transmission radiotélégraphique qui ne nous a pas posé de problème. Nous avons été classé en tête à l’issue de ces deux épreuves.

Ensuite nous avons effectué un périple aérien de 2065 kilomètres entre Le Bourget, Tours, Pau, Istres, Lyon, Dijon, Nancy, Thionville, Bourg, Le Bourget en moins de 40 heures. Enchaîner tous ces parcours à l’époque représentait un effort équivalent à celui demandé pour les raids. Il fallait
gérer le sommeil des équipages, veiller à tous les incidents. Nous avons dû par exemple faire deux atterrissages de fortune pour effectuer des réparations de bielle sur des appareils qui perdaient de l’huile. La météo était exécrable, nous obligeant à faire de grands détours pour éviter une tempête, et finalement pour boucler dans les temps, j’ai pris le risque mesuré de
traverser un orage dans le dernier tronçon. Au final, 4 escadrilles n’ont pas terminé le parcours dans les temps et ont été éliminées. La mienne, la 3e de la 33e escadre a été déclarée vainqueur de la Military Zenith en 1932.
Ainsi j’ai pu réaliser mon rêve et rejoindre au palmarès de cette coupe le grand Guillaumet."

 

Histoire du Groupe de bombardement d'assaut GBII/54 de 1939 à juin 1940

La 54ème escadre était formée des Groupes de Bombardement d’assaut GBA I/54 et GBA II/54


 

Le GBA I / 54 réunissait les escadrilles BR 228 et BR 211 héritées de la Grande Guerre

Le Groupe de Bombardement d'Assaut GBA II/54 réunissait la 3eme Escadrille (SAL 1)et la  4eme Escadrille (SAL 259)
La SAL 1 est la plus ancienne escadrille française, crée en 1912. Elle fût également l'une des plus décorées pendant la première guerre mondiale.

Les hommes du Groupe GB II/54, les équipages, les morts, les blessés, les prisonniers en mai juin 1940

Le BREGUET 693 EN VOL RASANT


Le Breguet 693 était un chasseur bombardier moderne. En 1940, il était parmi les avions les plus rapides. Les aviateurs sélectionnés pour piloter cet avion d’assaut surnommé « le lion d’assaut » devaient avoir moins de 35 ans et peser moins de 85 kilos tout équipés. En vol rasant à 5 mètres du sol à 380 km/h, ils devaient éviter tous les obstacles, arbres, lignes électriques, bâtiments, etc… avant d’atteindre leurs objectifs.

 


Le Commandant de groupe, en plus de son rôle de chef de mission, devait assurer le pilotage très délicat du Breguet en rase motte, faire la navigation, au moment du bombardement viser et larguer les huit bombes de 50 kilos et tirer au canon.

Breguet 693 en vol rasant à 5 mètres au dessus des Panzers lors de la campagne de France.


Vitrine de l’armée de l’air au Service historique de la Défense à Vincennes


Citation à l’ordre de l’armée du GBA II/54 signée le 3 juin 1940 par le Général Vuillemin, Commandant en chef des forces aériennes :


« Groupe d’aviation d’élite qui sous l’impulsion de son chef, le Commandant Pierre Grenet, du Capitaine Marc Jeunet, Commandant la 3ème escadrille et du Lieutenant Jean Dupuy, commandant la 4ème escadrille, a montré dans des circonstances les plus difficiles la qualité de son allant et son ardeur au combat.
S’est particulièrement distingué les 12, 14, 15, 16, 18, 20 et 22 mai 1940 en attaquant à la bombe, au canon et à la mitrailleuse, en vol rasant, des colonnes blindées ennemies, leur a infligé de lourdes pertes et a entravé sérieusement leur avance, malgré une défense anti-aérienne particulièrement active. »
Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre avec palme.

Aérodrome de Vinon sur Verdon avant la guerre de 1940 :

Fortuné Cheilan, Maire de Vinon sur Verdon, soucieux de trouver de nouvelles activités sur le territoire de sa commune, a obtenu de l’Armée de l’Air en 1930 que le terrain steppe de Vinon sur Verdon fut transformé en aérodrome militaire.
Il a été très sommairement aménagé et a été utilisé, entre autres, avant la guerre de 1940 pour les manoeuvres aériennes du Sud Ouest en 1936.

La 54ème escadre à Vinon sur Verdon du 13 décembre 1939 au 5 mai 1940 

La 54ème escadre est arrivée le 13 décembre 1939 à Vinon-sur-Verdon avec des Mureaux 115, des Potez 540 et quelques Breguet 691 qui atteignaient les 380 km/h au ras du sol. Les Breguet 693 avec des moteurs plus performants Gnome et Rhone mieux conçus pour les missions de guerre n’ont été livrés à la 54ème escadre que le 15 avril 1940, moins d’un mois avant la première mission de
guerre.

L’aérodrome occupait 150 hectares au confluent de la Durance et du Verdon. Sur la seule piste existante W 105°- E 285°, il n’y avait aucune installation fixe. Seul un balisage de la piste et une manche à air matérialisaient le terrain.
Une tente abritait le pliage des parachutes (sur tables pliantes) et le poste de commandement (PC).
Trois roulottes étaient utilisées pour le stockage de l’armurerie et des caisses à munitions.
Une dizaine de camionnettes Berliet pour les officiers et les liaisons, l’échelon matériel comptait 12 camions Berliet (tractant les 3 roulottes).
3 châssis roulants Citroën supportaient chacun un moteur de réchauffage (avec manche) pour les moteurs d’avions.
Les mécanos travaillaient en plein air.
La nuit, les hommes de garde du terrain et des avions couchaient (hors tour de garde) dans une grange de la ferme La Désirade, au Sud-ouest du terrain.

Aérodrome de Vinon sur Verdon


Les vols se faisaient à des altitudes de plus en plus basses jusqu’à 5 mètres du sol et en passage sous les ponts de Cavaillon, Mirabeau et Vinon les mées.


L’entraînement aux armes se faisait en mer au large d’Hyères et à Fos, avec des bombes d’exercice et des tirs avec les mitrailleuses sur des biroutes remorquées par de petits avions.
Le 10 avril 1940 est arrivé à Vinon le Lieutenant Delattre affecté au GBA I/54 après son entraînement au vol rasant dans des conditions difficiles à Reims puis Orléans. Il a pu transmettre à l’ensemble de la 54ème escadre son expérience et ses conseils avant le début du conflit. Il a pu constater les excellentes conditions météo et d’environnement dont avait bénéficiées l’escadre à Vinon sur Verdon.
Le 6 mai, la 54ème escadre était prête à partir au combat. Elle est remontée vers le Nord à Nangis.

Les officiers étaient logés dans des chambres d’hôtel à Manosque, les sous-officiers chez l’habitant à Vinon sur Verdon et les hommes de troupe dans un hangar à engrais (remplacé par de la paille) réquisitionné.
Les conditions de travail sur le terrain étaient très dures pendant l’hiver très froid de 1939-1940 mais l’accueil de la population a été excellent et des rencontres ont formé de nouvelles familles à Vinon.
Les mois de présence à Vinon ont été mis à profit pour organiser régulièrement des conférences destinées à tout le personnel de la base. Les officiers volontaires abordaient en fonction de leur spécialité et de leur culture générale des sujets divers : logistique, littérature, prophylaxie, histoire, géographie de l’Europe pour donner à tous des clés de compréhension sur cette guerre et pour souder le groupe autour de connaissances partagées.

L’expérimentation en vol rasant a été décidée par l’Etat major de l’Armée de l’Air fin 1936 et a été préfigurée à partir de 1937 au centre d’expérimentation de Reims avec le détachement de deux équipages de la première escadrille de la 54ème escadre du Bourget dont le lieutenant Delattre. Ils volaient sur des Potez 25 qui ne dépassaient pas 180 km/h au ras du sol puis sur des Morane II5 qui atteignaient 240 km/h au ras du sol.

Le 3 septembre 1939 au moment de la déclaration de guerre de la France, les unités de bombardement d’assaut en vol rasant n’avaient pas encore été constituées. Ce n’est que le 22 septembre 1939 que des unités de reconnaissance ont été converties au bombardement d’assaut, dont la 54ème escadre : Groupe de Bombardement d’Assaut GBA I/54 et II/54.
Le Capitaine Pierre Grenet qui était en charge des écoles de l’Air à l’Etat Major a demandé à être affecté dans une unité opérationnelle quand la guerre parut inévitable. Il a d’abord été nommé à l’Etat major de la 54ème escadre puis Commandant du GBA II/54 en Octobre 1939.
Le 4 décembre 1939 a été créée la 6ème brigade de bombardement d’assaut qui réunissait la 54ème escadre, la 51ème et le II/35.

Le 15 Avril 1940 le Groupement N°18 était composé de la 54ème escadre et du GBA II/35.

Le Commandant Jean Plou a d’abord été du 22 août 1938 au 04 novembre 1939
Commandant en second de la 54ème escadre, puis du 04 novembre 1939 au 12 mai 1940 Commandant du groupe du GBA I/54.

La campagne de France Mai Juin 1940

Les bombardiers français disponibles pour des missions de guerre le 10 mai 1940 étaient seulement 85, dont 40 modernes aptes aux vols de jour et 45 modèles anciens réservés aux vols de nuit.
Les seuls bombardiers d’assaut prêts à entrer dans le conflit pour freiner l’invasion allemande en détruisant les colonnes de panzers et de véhicules militaires, les ponts et les objectifs stratégiques étaient les BREGUET 693 de la 54ème escadre.

Le 10 mai, premier jour de l’offensive allemande, le I/54 fut envoyé sur le terrain de Montdidier et le II/54 sur le terrain de Roye dans la Somme.

Le samedi 11 mai, veille de Pentecôte, manquaient encore quelques ceintures pour les lance bombes que le capitaine Jeunet est allé chercher personnellement à Paris.

Le 12 Mai 1940, Pentecôte, première mission de guerre pour la 54ème escadre.
L’ordre de départ arriva à 12 heures 5. A 11 heures 50, les équipages désignés montèrent dans leurs avions. Ils n’emportèrent que leurs instruments de navigation et leur revolver, pas de portefeuille, pas de papiers d’identité, pas d’insigne d’escadrille, pas d’argent, pas de lettres, rien qui pût intéresser l’ennemi en cas de capture.

 

Dix Huit Breguet 693 décollèrent à l’heure prévue, onze depuis Montdidier sous les ordres du Commandant Plou, chef du groupe I/54 et sept depuis le terrain de Roye sous les ordres du Commandant Pierre Grenet, chef du groupe II/54.

Les objectifs étaient des colonnes ennemies qui devaient être attaquées en vol rasant dans le secteur de Liège-Tongres et Warennes-Tongres.
Malgré la destruction de nombreux véhicules militaires allemands, le bilan de cette première mission de guerre fut terrible, surtout pour le Groupe I/54 : trois hommes furent tués et dix avions sur onze avaient été mis hors d’usage. Onze hommes furent faits prisonniers dont le Commandant Plou, le chef du Groupe.


Dans le Groupe II/54, les pertes furent beaucoup plus limitées : un homme est mort, le Lieutenant La Porte du Theil, six avions sur sept sont revenus à la base.
Aucun aviateur ne fut fait prisonnier. Les sections attaquèrent leurs cibles en patrouilles corsaires de deux avions  perpendiculairement aux convois pour éviter de faire prendre trop de risques aux équipages.


Le Lieutenant Delattre, commandant de la première escadrille du I/54 est mort lors de cette première mission. Il était à la tête d’une formation de 6 avions regroupant deux sections ayant pour objectif les colonnes sur l’axe Maestricht Tongres. Il lança l’attaque avec les 5 avions qui le suivaient en alignement dans l’axe de la route. Le convoi était très bien défendu par la défense anti-aérienne (la flak) qui put ajuster ses tirs.

Le 13 mai, le Général Girier, commandant le Groupement N°18, tira les conclusions de cette première journée de combat. Il décida de réunir les deux groupes d’assaut, le I/54 qui n’avait plus que 4 Breguet 693 disponibles pour le combat et le II/54, à Montdidier, sous le commandement du Commandant Pierre Grenet.
Les vols rasants furent provisoirement suspendus et remplacés par des bombardements à 900 mètres d’altitude. Pour d’éventuelles reprises d’attaque en vol rasant la tactique recommandée devint l’attaque en patrouille corsaire, perpendiculairement aux convois en petite formation de deux avions.

Le général Billotte qui commandait le front allié depuis l’extrémité Ouest de la Ligne Maginot jusqu’à la mer comprit que le plan allemand consistait à opérer la percée décisive sur le territoire français non pas à partir du centre de la Belgique mais à partir des Ardennes vers Sedan et que les forces terrestres dont il disposait dans le secteur, la 55ème division d’infanterie et l’artillerie du 10ème corps d’armée avaient abandonné le terrain, traumatisées par cinq heures de
pilonnement de la Luftwaffe. Des observations l’avaient informé qu’une colonne de 1000 panzers allemands s’apprêtait à passer la Meuse sur le pont de bateaux à Gaulier, près de Sedan. Il demanda que tous les bombardiers français et anglais disponibles fussent envoyés pour détruire ce pont de bateaux qui devenait l’objectif décisif qui déciderait du sort de la bataille de France.

Le 14 mai au matin, il restait 65 bombardiers français prêts à combattre dont 27 modernes et parmi eux les 14 bombardiers d’assaut de la 54ème escadre.
Le Commandant Grenet allait décoller à 9 heures du matin avec une formation de 9 Breguet quand il reçut un contre ordre. Le Général Huntzinger devait lancer une attaque terrestre pour détruire le pont de bateaux. La nouvelle mission avait pour objectif de détruire les panzers et les convois qui se trouvaient en amont du pont. La 54ème escadre effectua ainsi sa mission de bombardement entre Bazeilles et Sedan sur les colonnes de panzers et pas sur le pont de bateaux de Gaulier.


Les autres missions de bombardement du 14 mai furent également détournées du pont de bateaux.
Dans l’après-midi, le Général Huntzinger fit savoir que sa contre attaque avait dû être ajournée.

Pétain demandeur de l'armistice le 17 juin 1940. Sur la photo ci-dessus, le général Huntzinger représente Pétain de lors de la signature de l'armistice le 22 juin 1940

La plupart des 1000 Panzers ont ainsi pu passer la Meuse et effectuer la « percée de Sedan ».


15 mai 1940. Décollage à 17h40, bombardement à 900 mètres d’altitude et reconnaissance d'objectifs près de Montcornet où le Colonel de Gaulle menait une offensive avec ses chars de combat. Le Commandant Pierre Grenet a conduit une mission de bombardement avec succès à la tête de trois équipages du I/54 et cinq du II/54 rentrés sans casse à la base.


16 mai 1940. Le Commandant Pierre Grenet a souhaité reprendre les missions en vol rasant pour gagner en efficacité. Le Général Girier a accepté mais en imposant la condition que le Commandant Grenet ne participât pas aux missions de la journée pour préserver son dernier chef de Groupe avec expérience de missions de guerre.
6 équipages attaquèrent par paires une colonne sur la route de Montcornet.
Parvenus dans le secteur de Montcornet, ils parvinrent à lâcher leurs bombes sur des colonnes de Panzers et à revenir à leur base sans déplorer aucune perte.
Pourtant, l’opération ne fut jugée que partiellement réussie par le Général Girier qui est venu directement sur le terrain de Montdidier ordonner une nouvelle mission à deux équipages du GB II/54 sans en référer au Commandant Grenet.
Les deux avions furent abattus entraînant la mort du sous-Lieutenant Chemineau et du sergent Guichon. Les sergents Lami et Giard furent faits prisonniers.


Suite à cette journée, devant l'avance foudroyante des forces allemandes et le retrait des forces de la zone d'opérations aériennes nord, le groupe se replia sur Briare : le terrain de stationnement du II/35.

18 mai 1940. Le Commandant Pierre Grenet mena une opération de bombardement à 900 mètres d’altitude sur des convois entre LE CATEAU, LANDRECIES et AVESNES avec deux équipages sur les appareils disponibles du GB II/54 et 6 équipages du II/35 pour qui c’était la première mission de guerre.
Le Breguet du commandant Grenet, au retour de la mission, fut coupé en deux par un obus de la flak allemande et s’est écrasé au sol à Landrecies. Le Commandant resté aux commandes est mort. Son mitrailleur Pierre Bouveret fut expulsé de la partie arrière de la carlingue, sauta en parachute et fut fait prisonnier.

 

 

Ce jour là, 5 avions rentrèrent à la base de Montdidier. Un équipage du GB II/54 avec des blessures légères réussit à se poser avec son avion endommagé à Claye Souilly et un équipage du II/35 put sauter en parachute et fut fait prisonnier après que son avion fut touché par un obus.
Le capitaine Lacat prit le commandement du II/54 le 19 mai. Il reçut l'ordre de partir sur Brétigny avec un renfort de personnel du groupe 2/35.


21 mai 1940. Arrivée de deux nouveaux Breguet 691 et de six Breguet 693.

22 mai 1940. Reprise des missions dans la zone de Cambrai. Un seul appareil sur les trois a atteint son objectif en raison des conditions météorologiques défavorables. Renforcement de six Breguet en provenance de Cognac, du I/54 et d'Orly.

25 mai1940. L'appareil de l'Adjudant Miton et du Sergent Badel fut mitraillé par la chasse allemande. L’adjudant Mitton réussit à poser son Breguet à proximité de Montdidier après avoir endommagé un Messerschmitt 109.

26 mai 1940. Le groupe II/54 se vit remettre par le général Vuillemin, la croix de guerre avec palme.

27 mai 1940. L'état-major français décida de monter une opération afin d'isoler les forces allemandes au niveau de la charnière d'Arras Péronne.

29 mai 1940. Défection de l'armée Belge

31 mai 1940. L'appareil piloté par le Lieutenant Legrand et l'Adjudant-chef Poilbout fut pris à partie par six Messerschmitt 109. L'équipage en sortit indemne.

02 juin 1940. Mouvement sur Chartres

05 juin 1940. Les appareils du groupe effectuèrent une mission à partir de l'aéroport de Beauvais. Lors de cet événement deux avions furent perdus. Le Sous-Lieutenant Brunet et le Sergent-Chef Matuchet furent tués. Le Capitaine Jeunet et le Sergent Chef Ducas furent blessés.

06 juin 1940. Trois aviateurs furent blessés grièvement, l’Adjudant Mitton, le Sergent-Chef Uteza et le Sergent-Chef Badel.

07 juin 1940. Trois avions furent abattus. Le Lieutenant Legrand et le sergent chef Verge furent tués, les sergents Sannier et Renaut furent blessés grièvement et le sous-lieutenant Devin et le sergent Leber purent sauter en parachute.

09 juin 1940. Perte de quatre appareils sur les six ayant décollé afin de traiter une poche dans la région de Soisson. Le Lieutenant Dupuy, le Sergent-chef Lelong et le Sous-lieutenant Beaud furent tués à proximité de Sommelans, le Sous Lieutenant Mayadoux, le Sous-Lieutenant Girard et le Sergent-Chef Plessiez furent blessés.

13 juin 1940. Le sous-Lieutenant Devin (24 ans) prend le commandement de la troisième escadrille et le lieutenant de Bearn celui de la quatrième.

14 juin 1940. Le groupe fut détaché à Orléans. Aucune mission ne lui a été affectée. Paris tomba ce jour là.

15 juin 1940. Dernière mission de guerre du groupe, secteur de Troyes. Mort du Lieutenant de Dampierre dans le capotage de son avion. Le Capitaine Lacat, mitrailleur est blessé.

Le 22 juin 1940, jour de l'Armistice, le GBA II/54 était sur le terrain de Montde-Marsan. Apprenant que ce terrain serait en zone occupée, le Lieutenant-Colonel Démery ordonna au Groupe 18 de rejoindre le terrain de Toulouse sans tenir compte des conditions d'Armistice.
Seuls les GBA I/54 et GBA I/51 furent autorisés par les Allemands. Le groupe GBA II/54 fut dissout le 9 Août 1940.

Plusieurs aviateurs de la 54ème escadre reçurent la croix de guerre à titre personnel dont le Commandant Pierre Grenet et le Commandant Jean Plou.

Après la campagne de France :

Le Commandant Jean Plou devenu Général Plou fait prisonnier le 12 mai 1940 s’est évadé en décembre 1940. Il prit le commandement du Groupe de bombardement I/11 à Oran en 1942. Le 27 août 1944, il fut nommé chef de l'état-major général de l'Armée de l'Air.

Le Capitaine Lacat organisa le Service de Renseignements de l’armée de l’air en Tunisie. Il recoupait directement ses écoutes et informations avec Malte. Cela permettait de réduire le nombre des agents opérant en zone occupée, puisque leur mission essentielle se limitait à la vérification périodique des renseignements d'écoute.

Le Capitaine Jeunet du GBA II/54 est devenu commandant du groupe de bombardement II/20 Bretagne dans les Forces aériennes françaises libres le 6 août 1942.  Le groupe Bretagne faisait partie de la 31 ème escadre qui a fait sauter en vol rasant le pont de Lunel à Arles en une passe et sans aucun dégât collatéral après que les bombardement alliés ont détruit 1/3 de la ville et tué plus de 200 civils. 

Le Sergent René Lami pilote, dont l’avion a été abattu le 16 mai a été fait prisonnier et après avoir été libéré en 1941 revint à Vinon sur Verdon où ses parents, originaires du nord, s’étaient réfugiés sur ses conseils. Il s’est engagé dans la résistance.

 

Après l’échec d’une mission de bombardement à haute altitude de l’aviation américaine sur le pont de Vinon le 15 août 1944 qui avait détruit une partie du village dont l’appartement de ses parents et fait des morts et des blessés dont sa tante, dès la nuit suivante, il fit sauter le pont de Vinon sur Verdon.Avec son groupe de résistants, il remit aussi en état l’aérodrome sur lequel les Italiens et les Allemands avaient creusé de nombreuses tranchées et disposé des
mines. Ils firent sauter préventivement 450 mines pour éviter que les habitants
de Vinon ne soient tués ou blessés et nivelèrent et balisèrent le terrain pour qu’il pût servir à l’aviation alliée.


Le Sergent Henri Minot, appelé pour effectuer son service militaire en 1938, après une formation de navigant à l’Ecole de l’air de Salon de Provence, a été affecté comme mitrailleur au GBA II/54. Il témoigne aujourd’hui des actions de la 54ème escadre à Vinon sur Verdon et pendant la campagne de France de mai juin 1940.

Bref bilan de la 54ème escadre et de l’aviation française pendant la campagne de France en mai juin 1940 426 exemplaires Breguet 693 avaient été commandés, mais 128 seulement ont
été livrés avant le 25 juin 1940 et seuls ceux de la 54ème escadre ont été prêts à partir au combat le 12 mai 1940.

Pendant la campagne de France, les équipages des unités de bombardement d’assaut ont détruit de nombreux ponts, véhicules et panzers allemands, freinant ainsi l’avancée des troupes ennemies sur le territoire français.

500 aviateurs français sont morts au combat en mai et juin 1940. 40 % des avions de la Luftwaffe ont été mis hors de combat. La Luftwaffe a ainsi été considérablement affaiblie pour mener la bataille d’Angleterre qui a suivi.

Bibliographie :
Revue Icare N°57 et 58 1939/1940. La bataille de France, volumes III et IV
Le bombardement français sur la Meuse le 14 mai 1940 par Philippe de Laubier
Journal de marche du GBII/54 Service Historique de la Défense Vincennes
Le Groupe de bombardement II/54 : historique / Aspirant Morineau

L'aérodrome de Vinon sur Verdon a été aménagé en aérodrome de tourisme par Jean Marie Beynet. Sa veuve, Madame Beynet sera présente le 18 juin 2018 sur l'aérodrome de Vinon.

" Le 19 mai 1958 je mettais les pieds pour la première fois à VINON.
Au centre du plateau, un immense désert plat, de 150 hectares, sans une habitation, sans un chemin, sans un arbre, sans un buisson, sans rien.
De quoi vous foutre un vertige horizontal. J’étais abasourdi, mais fou de joie : cela me rappelait la brousse ! Je fis rapidement le tour de ce désert, à pied, méditant déjà où je pourrais bien placer un hangar, tracer une piste d’envol…"

Au travail !
"Dès le lendemain, je fonçais à PARIS, au Service des Bases Aériennes où je fis connaissance d’un fonctionnaire charmant.
Sans doute séduit par mon enthousiasme à toute épreuve, il consentit bien volontiers à m’aider 
et, en trois coups de cuiller à pot, il me dessina un plan de masse
(en général, il faut au moins six mois ; il ne lui fallut qu’une demi-journée).
Sur le papier, j’avais déjà ma piste, mon hangar, mon club-house, ma route d’accès.
Restait à réaliser tout cela sur le terrain.
Je repartis à toute vitesse pour VINON, sans perdre une minute, et je me mis au travail."

Au résultat !
"En l’espace de cinquante et un jours, remuant ciel et terre (c’est le cas de le dire),
bousculant les bureaux, les services, les employés des administrations, je parvins à :

- aménager une route d’accès de 1300 mètres ;
- faire creuser un puits jusqu’à la nappe phréatique ;
- tracer et aménager une piste d’envol de 30 x 600m :
- faire édifier un hangar pour avions de 15 m x 15 m ;
- faire construire un club-house ;
- faire installer le téléphone
(par une ligne aérienne de 2400 m dotée de 24 poteaux) ;
- faire amener l’électricité
(par une tranchée de 500 m, un câble souterrain, plus une ligne aérienne de 150 m) ;
- aménager une soute à essence provisoire 
(10 fûts de 200 litres à l’ombre, méthode africaine éprouvée) ;
- organiser des réunions d’information dans toute la région
(il n’y avait jamais eu d’école de pilotage dans le secteur) ;
- informer la Presse ;
- déposer les statuts d’un aéro-club (le plus facile) dénommé : DURANCE - VERDON;
- aller prendre livraison à ISSOIRE, chez WASSMER, du JODEL D 120
que j’avais acheté neuf, et qui me permettrait de faire à la fois de l’école et des voyages.

Et le dimanche 13 juillet 1958, nous commençâmes à voler à l’aérodrome de VINON,
qui fut brillamment inauguré, en présence des autorités locales 
et d’une foule importante de curieux, à la fois étonnés et ravis."

la suite sur Eligune:

 

Jean Marie Beynet volant à l'intérieur des Gorges du Verdon en 1965

 

ALLOCUTION DE HENRI MINOT 18 JUIN VINON SUR VERDON

ALLOCUTION DE PHILIPPE VITEL VICE PRESIDENT DE LA REGION PROVENCE ALPES COTE D'AZUR LE 18 JUIN 2018 A VINON SUR VERDON

ALLOCUTION DE CLAUDE CHEILAN MAIRE DE VINON SUR VERDON 18 JUIN 2018

HOMMAGE AU GROUPE DE BOMBARDEMENT D'ASSAUT GBII/54 18 JUIN 2018 A VINON SUR VERDON

Tag(s) : #PUBLICATIONS

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :