Crédit photo: Medhat Soody

Dans le off d’Avignon, beaucoup de pièces sont des adaptations de romans pour le théâtre et c’est souvent heureux pour la qualité des textes très écrits. Une mention toute particulière pour « Défaite des maîtres et possesseurs » de Vincent Message dans une adaptation extrêmement enthousiasmante de Nicolas Kerszenbaum qui a signé aussi une mise en scène très sobre mais magique à base de barres de néons jalonnant une pièce carrée où cohabitent deux comédiens extraordinaires mais surtout Nicolas Martel. Tout échappe peut-être à Vincent Message. La sélection des passages du roman renforce considérablement la puissance des mots. Le jeu et la posture de Nicolas Martel, colosse grave refusant sa domination naturelle sur la femelle humaine au statut légalement inférieur, renvoient inexorablement à une problématique actuelle.

La thématique du roman autour de la condition animale avec cette idée géniale de Vincent Message de présenter l’espèce humaine colonisée et soumise par une espèce stellaire à l’apparence très proche reste prégnante mais presque secondaire. Les humains sont divisés en trois catégories, les esclaves affectés à la production, les êtres pour la compagnie privée et les tâches ménagères et ceux destinés à la viande de boucherie. Rien de tel que la description des élevages en batterie et des abattoirs d’humains pour aiguiser la conscience autour de notre traitement des animaux de boucherie.

Le spectacle de Nicolas Kerszenbaum à travers quelques scènes bien choisies et sur un fond musical entraînant à peine vers la science fiction prend rapidement une dimension très politique avec Malo (Nicolas Martel), parlementaire défendant un texte législatif repoussant l’âge de fin de vie des humains à 70 ans au lieu de 60 et Iris (Marik Renner) la femelle de compagnie, dont il est tombé amoureux, qui a basculé dans la résistance.

Marik Renner devenue, pour une scène, parlementaire d’une majorité supposée conservatrice ou « droite et gauche » énonce très calmement et avec une grande fermeté bienveillante la nécessité rationnelle de maintenir l’âge de fin de vie à 60 ans pour les humains. Les choix économiques dictant ce verdict garantissent rien moins que la survie de l’espèce stellaire qu’elle représente.

Cette pièce arrive au bon moment. Tout à coup, l’espèce stellaire prend la forme d’une technocratie arrivée récemment au pouvoir aux apparences très proches de l’espèce humaine, ces « rien » cantonnés dans des cercles balisés par des guides stricts. Démons à Avignon, dieux d’un olympe jupitérien ailleurs, ils définissent en maîtres les conditions des soumis aux régressions sociales et aux lois impitoyables de la mécanique néolibérale assénées comme horizon indépassable.

La pièce est parfaitement rythmée et en tension autour de la belle histoire d’amour entre Malo et Iris, de conditions inconciliables et de leur poursuite par les officines chargées de la lutte contre la résistance et même de laissés-pour-compte, crève-la-faim de l’espèce stellaire.

Il doit rester quelques places disponibles jusqu’au 28 juillet 2017

au Collège de la Salle et il faut espérer dans bien d’autres théâtres rapidement. 

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