Nos ancêtres les Gaulois : une formule impérialeNos ancêtres les Gaulois : une formule impérialeNos ancêtres les Gaulois : une formule impériale

César et l’Empire romain fondé après la conquête des territoires celtes ont imposé l’appellation "Gaule" pour désigner un espace situé à l’ouest du Rhin, entre les Pyrénées, les Alpes et la mer du Nord. Ils ont utilisé le terme celte « Gallia » qui signifiait « force, bouillonnement » et ils l’ont rapproché du terme latin « Gallus » coq. Le second empire français de Napoléon III s’est emparé de cette histoire pour glorifier une identité millénaire française opposée à celle des voisins allemands. Et la Répubique a imposé dans les écoles de ses colonies ce slogan « Nos ancêtres les Gaulois » insupportable pour les Africains et les autres peuples colonisés qui n’avaient rien de "Gaulois".

Pourtant les peuples qui parlaient le « celtae » et vivaient des deux côtés du Rhin depuis au moins la fin de l’âge du bronze (-1000 avant JC) d’après les travaux archéologiques les plus récents se désignaient eux-mêmes par des noms celtes comme les Parisii en région parisienne et les Rauraques dans un espace devenu l’Allemagne actuelle et non pas comme des "Gaulois". La méconnaissance de la culture celte due au petit nombre d’écrits découverts émanant des peuples celtes de l’antiquité et les falsifications historiques ont permis de sublimer les bienfaits de l’occupation romaine. Les défenseurs de la colonisation ont clamé la supériorité de la civilisation romaine sur la civilisation celte défaite militairement. Cette hiérarchie civilisationnelle est ensuite devenue la justification des colonisations menées par la République française au nom de l’apport de ses valeurs universelles.

 

Outre que le classement hiérarchique des civilisations est insupportable, les Celtes apparaissent au vu des dernières découvertes archéologiques assez loin des images véhiculées par l’histoire ancienne et Astérix : des barbares vivant de la chasse dans des villages formées de huttes et taillant les menhirs. Sans formuler une liste exhaustive de leurs avancées technologiques, on peut citer la moissonneuse de céréales (un véhicule avec un râteau fixé à l’avant qui fauche les épis (visible au Mucem à Marseille), les tonneaux, les cottes de maille, le travail métallurgique sur des épées très performantes pour l’époque, la construction des bateaux à coques retournées, des charpentes très sophistiquées pour les mines de fer et d’or et pour des bâtiments en bois de plusieurs étages, des villes de plusieurs milliers d’habitants, toutes les formes de cultures, y compris la vigne, les pantalons, etc…, le calcul astronomique et prévisionnel avec un type de machine à calculer (calendrier de Coligny), la transmission de messages par signaux sur des relais.

 Dominique Garcia a exploré la présence celte plutôt que gauloise sur le pourtour méditerranéen, là où on l’attend peu. De très nombreux sites celtes ont été découverts et bien explorés ces dernières années grâce à l’archéologie préventive, de Lattara près de Montpellier où l’on produisait déjà du vin au Vème siècle avant JC, à Saint Blaise et Martigues, près de l’étang de Berre, de Roquepertuse près de Velaux à Entremont près d’Aix en Provence et Arelate (devant les marais en celte) le site d’Arles.

Reconnaître la culture celte dans l’espace devenu celui de la France, c’est d’abord rétablir une vérité historique et ensuite réaffirmer la diversité des origines de la langue française et de sa culture.

Les découvertes archéologiques de ces trente dernières années sur notre territoire ont totalement transformé nos perspectives sur les sociétés qui s’y sont succédé, depuis la préhistoire la plus lointaine jusqu’au Moyen Âge et au-delà.

Tribune parue dans le Monde du 16 Octobre 2019

 

« La création d’un centre d’interprétation archéologique s’impose dans l’île de la Cité »

Puisque des espaces administratifs considérables se libèrent dans le cœur historique de Paris, il faut saisir cette opportunité pour y créer un musée archéologique d’ampleur, déclare, dans une tribune au « Monde », un collectif de scientifiques et d’intellectuels.

 A l’heure où s’expriment de diverses façons des angoisses identitaires quant à la France comme nation, mais aussi quant à l’Europe comme destin collectif, il est temps de remettre au centre la réalité de nos connaissances scientifiques, historiques et archéologiques sur notre passé commun. Il est temps de penser ce passé dans toutes ses composantes, dans ses constantes interactions avec les autres cultures et avec l’environnement. Non plus la recherche d’« ancêtres » génétiques, mais la mise en évidence d’une histoire globale, complexe, et en constante transformation.

 En effet, les découvertes archéologiques de ces trente dernières années sur notre territoire ont totalement transformé nos perspectives sur les sociétés qui s’y sont succédé, depuis la préhistoire la plus lointaine jusqu’au Moyen Age et au-delà.

Des besoins criants

Pourtant, aucun espace à la mesure de cette perspective n’est aujourd’hui disponible dans le centre de Paris pour rendre ces connaissances accessibles au plus grand nombre. Malgré un nouveau projet de restructuration qui met en évidence ses besoins criants, le Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye ne peut ni tenir compte de la masse d’informations et d’objets nouveaux issus de l’essor de l’archéologie préventive de ces trente dernières années, ni organiser des expositions d’ampleur internationale, à la fois par manque de place et d’équipement performant, et pour des raisons budgétaires. 

Comme l’a encore réaffirmé un récent rapport de la Cour des comptes, son niveau de fréquentation particulièrement faible, malgré la qualité des collections et les efforts de ses personnels, montre que la localisation est un facteur déterminant. Il accueille autour de 100 000 visiteurs par an, dont 6,5 % d’étrangers, moins que le Musée de La Poste à Paris, trois fois moins que le Musée archéologique d’Arles – tandis que le Musée du Louvre accueille 10,2 millions de visiteurs, dont 71 % d’étrangers, et celui du quai Branly 1 million, dont 20 % d’étrangers. 

Sans remettre en question l’existence de ce musée tel qu’il est situé et organisé, la localisation, au centre de la capitale, d’un espace muséographique d’interprétation et de mise en valeur des acquis continus de la recherche archéologique semble d’autant plus s’imposer que des espaces considérables se libèrent actuellement dans l’île de la Cité, par transferts d’administrations sur de nouveaux sites. Dans ce cœur historique de la ville gallo-romaine puis médiévale, les études en cours sur l’utilisation de ces espaces libérés offrent une opportunité exceptionnelle pour intégrer un tel projet archéologique d’ampleur.

Une configuration présente dans maintes capitales, à commencer par Berlin

Ainsi serait créé, dans une proximité topographique, le cadre d’une réflexion historique triangulaire entre le passé des cultures méditerranéennes exposé au Louvre, celui des cultures extra-européennes du Musée du quai Branly et, sur ce nouveau site, le passé des cultures qui se sont succédé sur l’actuel territoire français, des origines à nos jours, dans leurs relations avec les autres sociétés, proches ou lointaines. C’est la configuration que présentent maintes capitales dans le monde, à commencer par Berlin. 

Ce nouveau lieu pourrait ainsi offrir, comme une sorte d’ambassade du Musée d’archéologie nationale, à la fois une rétrospective permanente de ces cultures, à l’instar du pavillon des Sessions au Louvre pour les cultures extra-européennes ; mais aussi des expositions thématiques temporaires ambitieuses de niveau international, notamment sur le passé européen ; et enfin une vitrine tournante des fouilles archéologiques préventives, qui ne cessent de se succéder sur notre territoire sans pouvoir être exposées auprès de nos concitoyens dans des conditions qui soient à la mesure de l’importance des découvertes et des financements.

Exigences d’une approche citoyenne du passé

Ce lieu présenterait des objets réels dans leur contexte, tout en recourant à la variété muséographique et scénographique que permettent désormais les reconstitutions en 3D et en réalité virtuelle, ainsi que les ressources des outils pédagogiques modernes. Il offrirait aussi des espaces d’enseignement pour les différents types de visiteurs, tout comme des conférences et des colloques.

Il n’en déposséderait pas pour autant les musées régionaux, avec lesquels des réseaux permanents devraient être tissés, mais il en valoriserait au contraire les collections, en organisant ces expositions tournantes. Ainsi serait pallié en partie le décalage entre l’explosion des découvertes et des connaissances, et leur très faible répercussion dans les musées français actuels, source d’une vision dépassée des acquis de la discipline et, plus grave, d’interprétations historiques obsolètes. 

Ainsi pourrait être présenté de manière spectaculaire et lisible l’état de nos connaissances sur la longue histoire de notre territoire, ce lieu d’accueil permanent et continu de populations fort diverses sans cesse refondues en un même ensemble. Il s’agit là d’un projet culturel et pédagogique qui répondrait aux exigences d’une approche citoyenne du passé.

Premiers signataires : Yves Coppens, professeur honoraire au Collège de France, Académie des sciences ; Jean-Paul Demoule, professeur émérite à Paris-I, ancien président de l’Inrap ; François Gèze, éditeur ; Jean Guilaine, professeur honoraire au Collège de France, Académie des inscriptions et belles-lettres ; Olivier Mongin, écrivain ; Nicole Pot, ancienne directrice générale de l’Inrap, inspectrice générale honoraire au ministère de la culture ; John Scheid, historien, professeur au Collège de France, Académie des inscriptions et belles-lettres ; Alain Schnapp, professeur émérite à Paris-I, ancien directeur général de l’INHA ; Bernard Stiegler, philosophe, directeur du développement culturel au Centre Pompidou. 

 

 

 

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Inscription par mail : aux4coinsdu4@gmail.com
En cas de désistement, nous prévenir SVP. 

Jean-Paul Demoule, ancien président de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), également coauteur d’"Une histoire des civilisations : comment l’archéologie bouleverse nos connaissances" plaide pour l’ouverture, sur l’île de la cité dans le cadre de sa restructuration suite au déménagement du Tribunal et du siège de la police parisienne, d’un espace muséographique d’interprétation et de mise en valeur des acquis continus de la recherche archéologique .
Il est temps de penser ce passé dans toutes ses composantes, dans ses constantes interactions avec les autres cultures et avec l’environnement. Non plus la recherche d’ « ancêtres » génétiques, mais la mise en évidence d’une histoire globale, complexe, et en constante évolution.

La conférence est organisée par l'association « Les quatre coins du quatre » le mardi 8 octobre de 18 à 20 h à l'hôtel Dieu dans l'amphithéâtre Dupuytren pour présenter ce projet.

Pour en finir avec la formule réductrice « Nos ancêtres les Gaulois » et pour un « droit de cité » à Paris des populations d'Avant la France.

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