- Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry

"Le mot était comme un coeur qui se brise, une soudaine volée de cloches assourdies par grand vent, les dernières syllabes de qui se meurt de soif dans le désert." ML

Après plusieurs essais infructueux, par manque de temps ou à cause d’une accroche un peu difficile, j’ai enfin insisté récemment et entrepris la lecture d’Au-dessous du volcan. De fait, je fais maintenant partie de la confrérie des amis ou du moins des humbles lecteurs du roman, à en croire Maurice Nadeau.

Une jungle de mots où on se perd et découvre des paysages multi-dimensionnels. Le consul passe d’un verre à l’autre entre illuminations, souffrance, mémoire brûlante. On le suit dans les rues de Quauhnahuac, une petite ville du Mexique au pied des volcans et surtout dans les cantinas, les bars et dans de vieilles maisons entourées de jardins qu’il faut préserver, est-il écrit sur les murs en rappels mystiques du paradis perdu. Le consul est un poète qui a en chantier un livre toujours différé sur l’alchimie et l’ésotérisme. Il est tellement secret qu’il n’est pas étonnant qu’il ne voit pas le jour. Le consul titube dans ses pensées et glisse vers la mort puisque son amour pour Yvonne est hors de portée. Ils ont été heureux ont partagé leur vie. Elle est partie. Elle lui a écrit son besoin de le retrouver. Il n’a pas répondu. Il traîne une culpabilité pour un massacre d’officiers allemands sur le « Samaritain » le bateau qu’il commandait. Il n’a pas su ou pas voulu l’empêcher malgré son courage reconnu dans d’autres actes de guerre. Une dernière fois, il n’interviendra pas pour secourir un pauvre indien blessé sur le bas côté de la route. Il sera pourtant pris à parti et persécuté par les assassins de l’indien au cours d’une interpellation basée sur une méprise. L'histoire mexicaine et la guerre d'Espagne sont toujours présentes et accompagnent les échanges de tous les personnages.

Tout fonctionne en cercles concentriques. On n’échappe pas à un enchaînement passionnel et destructeur. L’alcool est le fil conducteur et l’amour déchiré est exprimé avec les plus beaux mots que j’ai trouvés jusqu’à ce jour dans un roman.

Le premier chapitre est étonnant et le seul éditeur ayant manifesté un intérêt pour le manuscrit avait commencé par suggérer des corrections et pourquoi pas sa suppression pure et simple. Ce chapitre peut se lire, ce que j’ai fait en partie, en post face. C’est le regard du cinéaste français, ami d’enfance qui engage une relation amoureuse avec Yvonne et essaye maladroitement de donner sa version sur la quête chaotique et merveilleuse du couple formé par Yvonne et le consul.

- La septième fonction du langage de Laurent Binet

J'avais aimé HHH son précédent roman sur les résistants tchéques qui exécutaient le gouverneur Heydrich. J'ai adoré celui-ci qui parodie les polars en suggérant que Roland Barthes a été assassiné par des comploteurs, intellectuels ou politiciens voulant s'emparer de la septième fonction du langage, l'incantatoire qui garantit de convaincre son auditoire, donc de le manipuler et de l'asservir.

Joyeuse description des jeux de pouvoir, des connivences entre certains intellectuels choyés par les politiques et les media. Linguistique et sémiotique comme personnages à part entière du roman.

- Vineland de Thomas Pynchon

Un des rares auteurs américains contemporains que j'ai lu avec plaisir. Ils font dans le volume, obsession de la saga. Avec Pynchon quand c'est long on ne voit que le feu d'artifice d'invention et d'érudition. Retour à la Californie des années soixante de tous les délires.

- American psycho de Breat Eaton Ellis

Lu pour me débarasser de la référence absolue par les écrivains mondains français en extase devant la défonce littéraire dans la jet set californienne. Il en fait tellement qu'on en sort halluciné par tellement de consommation et d'overdose.

- Voyage au bout de la nuit de Céline

L'enragé hyper créatif dans la description méticuleuse de la misère humaine. Les yeux grand ouverts et hurlant son dégôut avec les mots justes. Relue la partie sur l'Afrique qui règle définitivement son compte à l'univers des petits colons exploitateurs.

- Marelle de Julio Cortazar

La dernière fois que j'ai aimé Paris dans un roman. L'exil, le jazz, les discussions entre amis sur la politique et la philosophie. La ville est repeinte aux couleurs latino américaines, version argentine, mélancolique et analytique. Labyrinthe dans lequel le narrateur manque toujours la Sybille pour la retrouver par hasard sur le pont des arts. A lire dans l'ordre des chapitres ou dans le désordre à s'en faire vaciller la raison comme celle du narrateur.

- Roman vécu de Alain Jouffroy

Pour revivre les années que je n'ai pas connues à Paris et rendre hommage à ce poète romancier mort en décembre 2015. Dans ce roman autobiographique on retrouve les surréalistes, les peintres de la figuration narrative dont il était très proche et qu'il a participé à faire connaître dans son travail de critique d'art et les membres du collectif Change qui mêlait linguistique, philosophie, poèsie et littérature. Un auteur qui s'est engagé politiquement toute sa vie sans sacrifier sa vie amoureuse très riche.

- La campagne d’Amerique de Carlos Fuentes

Un des plus originaux parmi les auteurs latino américains. Roman historique et d'aventure sur les guerres d'indépendance de l'Argentine

- Volonté et fortune de Carlos Fuentes

Superbe sur le Mexique contemporain

- Le maitre et marguerite de Mikhaïl Boulgakov

L'Union soviétique décrite par l'ironie, le rêve, les hallucinations et la magie.

- Fontenoy ne reviendra plus de Gérard Guegan

Remarquable pour comprendre le basculement de certains intellectuels de la gauche à l'extrême droite pendant les années trente.

- La nausée de Jean-Paul Sartre

Le roman que je m'arrange pour avoir à portée de la main dans tous les lieux où je reste plus d'un mois et qui est dans ma liseuse pour la mobilité. Le double de l'étranger de Camus. Sans crime mais beaucoup plus précis et imaginatif pour décrire la vacance de l'âme, l'individu sans être, incapable d'aimer et de réagir aux événements.

- La mort dans l’âme de Jean-Paul Sartre

Rarement cité par les grands romans, je l'ai découvert récemment. Le parcours de conscientisation, le choix progressif de la liberté face à l'oppression. Les personnages sont complexes et très finement présentés.

- Dora Bruder de Patrick Modiano

Parmi les romans de Modiano, celui-là me semble particulièrement abouti. Il reconstitue à partir de très peu d'éléments la vie sous l'occupation d'une jeune fille juive qui essaye d'échapper à son sort. Très simple, très fort.

- La vilaine fille de Vargas Llosa

Celui qui a été fait marquis par le roi Juan Carlos d'Espagne et qui fraye maintenant avec toutes les droites latino américaines est malgré tout un grand conteur et le personnage féminin de ce roman fascine et séduit autant le lecteur que j'ai été que tous les hommes qu'elle rencontre.

- L’homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura

Une grande fresque sur l'histoire des agents soviétiques entre la guerre d'Espagne, le Mexique des années trente, la préparation pendant plusieurs mois de l'assassinat de Trotsky. Des personnages fascinants.

- Jan Karsky de Yaenick haenel

Roman issu du témoignage de Jan Karsky, ce polonais catholique entré dans un camp de la mort pour les juifs. Il fait un rapport à Roosevelt qui renonce à bombarder les installations nazies.

- Les guerriers nus de Jean-Marie Lamblard

Exceptionnel reconstitution des celtes méridionaux installés dans des cités aujourd'hui devenues Martigues ou Arles.

- Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

Roman d'exploration du Brésil contemporain et en parallèle exposition des recherches d'un jésuite du XVIIème siècle. Pour la composition qui confirme la totale liberté possible dans le roman de faire cohabiter avec succès contenu historique et encyclopédique et fiction.

- Sur la route de Jack Kerouac

Relu pour retrouver les sensations perçues lors d'un voyage sur la route 66 qui traverse les Etats Unis d'est en oues et la liberté des premiers rebelles à la consommation

- Omega mineur de Paul Verhaegen

Eternel retour des fascistes à travers les skin heads dans l'Allemagne contemporaine. Roman foisonnant, illuminé, brillant sur les physiciens, la bombe atomique développée en secret aux Etats Unis.

- Bivouac sur la lune de Norman mailer

Roman qui a su redonner à l'expédition sur la lune sa dimension d'aventure humaine.

- Les salauds devront payer d'Emmanuel Grand

C'est le meilleur polar que j'ai lu récemment parmi les 3 ou 4 que je lis par an. La petite ville du Nord aux prises avec les anciens d'Indochine et d'Algérie reconvertis en chef de personnel d'une usine dans les années soixante dix ou en recouvreurs de dette musclés, des syndicalistes bureaucrates, des patrons musclés et une fille qui rêve à un ailleurs. Les scènes se succèdent à un rythme très juste, les personnages et les situations sont très bien décrits. Le flic avance dans son enquête en faisant un travail d'historien sur les mouvements politiques, patronaux et sociaux de la région et en cherchant dans les archives et les témoignages des survivants ce qui a pu motiver les meurtres du moment.

- Itinéraire d'un salaud ordinaire de Didier Daeninckx

L'histoire des années quarante aux années soixante dix racontée par un flic des services spéciaux passant de la traque des juifs et des communistes sous le régime de Vichy aux manipulations pour éloigner des cercles du pouvoir les communistes dans l'après-guerre, aux éxecutions sommaires des leaders révolutionnaires et indépendantistes dans les restes des colonies françaises, aux infiltrations dans les groupes d'extrême droite et aux déstabilisations des groupes de la gauche radicale. Une belle suite.

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